Partager l'article ! Tournent les violons ou la difficulté de la retranscription: La retranscription d'un discours ou d'un exposé parait au premier abord, une siné ...
La retranscription d'un discours ou d'un exposé parait au premier abord, une sinécure.
Néanmoins, il suffit de s’être une fois attelé à cet exercice pour s’être rendu compte que c’est loin d’être évident.
Je passe sur l’orateur qui bafouille, celui qui ne finit jamais ses phrases ou les termine avec un sourire plein de sous-entendus… qui évidemment ne peut être retranscrit.
Je passe aussi sur les amateurs de sigles plus ou moins obscurs (et souvent plus que moins), la difficulté des termes techniques…
Non, je parle de l’orateur clair, articulant bien et utilisant un vocabulaire à la portée d’un enfant de CM2.
Et bien même là, vous pouvez avoir quelques surprises.
Un exemple ? Prenez une chanson connue de Jean-Jacques Goldman : Tournent les violons.
On aime ou on n’aime pas mais on ne peut pas dire qu’il bafouille !
Alors regardez donc cette vidéo… et en même temps, pour les amateurs, appréciez la musique.
A un moment, on entend :
Le bel uniforme oh le beau lieutenant
Différent des hommes d’ici blond et grand
A l’écoute, est-ce " blond et grand " ou " blonds et grands " ?
La différence est de taille : le lieutenant est-il un grand jeune homme blond au milieu de petits métèques… ou au contraire un bel hidalgo au milieu de vikings ?
Manon tombe-t-elle sous le charme d’un petit brun ou d’un beau blond ? Il y a tout de même une différence !
Les puristes me diront que si c’est " blonds et grands ", il y aura une liaison " blonds z’é grands ". Mais d’expérience, dans le langage oral, les liaisons " mal t’à
propos " sont légion. S’y fier est toujours délicat.
On pourrait aussi me rétorquer qu’un arrêt marqué permettrait d’interpréter dans le sens du beau blond. Mais là encore, même si ce n’est pas dans une chanson, ce n’est pas toujours très
net.
Si vous regardez le clip, vous constaterez qu’au moment où cette phrase est prononcée, le lieutenant, un beau brun, a justement derrière lui, un blond qui le dépasse d’une tête. Le
réalisateur a donc visiblement compris que c’était les hommes d’ici qui étaient blonds et grands… et que le lieutenant était un beau ténébreux.
Et pourtant, si vous regardez le livret qui accompagne le CD, le texte est bien en faveur d’un lieutenant blond.
Cela a peu d’importance, me direz-vous, mais si le réalisateur a pu se tromper sur un texte de cette qualité, combien de confusions est-il possible
de faire lorsqu’il s’agit de retranscrire de simples propos ?
Et puis, pour Manon, la couleur des cheveux du beau lieutenant est un fait de première importance… comme le nez de Cléopâtre, il est de nature à changer la face du monde… enfin au moins de
son monde !
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