Mercredi 12 janvier 2011 3 12 /01 /Jan /2011 07:21

L'orthographe moderne en grande partie arbitraire, incohérente est en fait le résultat de 8 siècles de transformations.

 

Dès l'origine, la difficulté est de noter avec des signes latins des sons n'appartenant pas à cette langue. Néanmoins, aux 11 et 12e siècles, sous l'influence des jongleurs qui, pour leur métier, ont besoin d'une transcription simple et fidèle, la graphie, faite pour l'oreille est presque phonétique.

 

A partir du 13e siècle, les fonctionnaires et les praticiens, qui se mettent à rédiger des morceaux d'actes en français et en latin, bouleversent ce système :

 

Pour permettre de déchiffrer une écriture souvent médiocre, ils créent ou multiplient des lettres distinctes : le y final, de nombreux h initiaux ;

 

Pour distinguer les homonymes, ils introduisent de nouvelles graphies. Ainsi, on ne possédait que non ou mes. On aura dès lors : non et nom ou mets, mais et mes ;

 

Pour réunir les mots de la même famille, ils alignent par exemple grant sur grande, d'où grand.

 

Pour établir un pont avec le latin, on se livre à des calques systématiques : ome devient homme (homo), lou se transforme en loup (lupus), oscur en obscur (obscurus).

 

Pour enfler les écritures et donc les bénéfices des copistes, on multiple les lettres adventices.

 

Cette graphie est très commode pour des scribes qui travaillent vite et usent d'une écriture visuelle.

 

Mais elle possède le grave inconvénient de s'éloigner rapidement de la prononciation et est souvent inconséquente.

 

Les étymologies sont fantaisistes comme compter différencié de conter alors qu'ils ont la même origine.

 

Elles sont aussi irrégulièrement appliquées. Si on admet qu'on doit écrire quatre comme quattuor pourquoi écrire caille avec un c alors que le mot vient de quaccola ? Malgré hier (heri) et homme, on n'a pas havoir (habere).

 

Les imprimeurs installent cette graphie source inépuisable d'arrachage de cheveux pour nos charmantes têtes blondes passées, présentes et à venir.

 

C'est pourquoi, depuis le 16e siècle, les projets de réforme qui se succèdent, présentés parfois par des écrivains aussi connus que Corneille, apportent quelques changements. Jugez-en : Corneille avait écrit : - A Moy, comte, deux mots. - Parle. - Oste-moy d'un doute. Cognois-tu bien Don Diègue ? - Ouy....

 

Le Dictionnaire de l'Académie (1740, 1762) s'attaque aux lettres parasites ou inutiles (dethroner, advocat), aux y finaux (cecy, moy), répandent l'accent circonflexe au lieu de l's d'allongement (teste devient tête) et adoptent l'accent grave. En 1865 le oi est remplacé par le ai chaque fois qu'il s'agissait du son è.

 

Depuis un siècle, c'est le conservatisme malgré les efforts de réformateurs ardents.

 

Certes, la langue française est surtout composée de mots brefs et par là regorge d'homonymes, sources inépuisables de jeux de mots plus ou moins réussis. Dès lors, une orthographe compliquée permet les différenciations. On songe à la fameuse phrase : Cinq moines, sains de corps et d'esprit, portaient dans leur sein le seing du Saint-Père.

 

Mais dans une culture de plus en plus orale, cet argument perd un peu de son poids. Nous assistons donc à l'affrontement des anciens et des modernes, des tenants de la tradition contre ceux de l'efficacité.

 

Au-delà des positions de principes, la principale difficulté est de déterminer jusqu'à quel point on doit simplifier ou non, chacun voyant midi à sa porte.

 

Parmi les propositions les plus fréquentes, nous relevons :

 

Les lettres parasites dompter, compter, l'anarchie des lettres doubles chariot / charrette, agrandir / aggraver ou des oppositions comme j'appelle / nous appelons qui n'avaient de sens qu'en l'absence d'un système régulier d'accents ;

 

La graphie des mots composés. Chaque grammaire s'évertue à trouver des règles mais la grande règle est la contradiction.

 

Ou alors ne faudrait-il pas prendre l'habitude de prononcer toutes les lettres ce qui aurait l'énorme avantage de la simplicité ?

 

A chacun de se faire sa religion.

 

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Par Cath - Publié dans : Grammaire et orthographe - Communauté : L'écriture dans tous ses états
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Commentaires

tout cela est bien compliqué ... faut-il simplifier la langue française ?
J'ai juste peur de ne pouvoir aider mes petits bouts si l'on chamboule tout ...
amitié .
Commentaire n°1 posté par marie-claude le 12/01/2011 à 16h39

Effectivement, c'est particulièrement compliqué. Je pense que la seule solution serait de tolérer la coexistence des deux orthographes (l'ancienne et une nouvelle) pendant un bon moment jusqu'à ce que l'ancienne devienne obsolète.

Pour ce qui est d'aider les petits bouts, je me souviens d'une discussion surréaliste, il y a quelques années avec la maîtresse de ma fille. Le soir, ma fille m'avait dit qu'elle n'avait pas compris une leçon de grammaire et j'avais été incapable de la lui expliquer. Alors le lendemain, j'ai demandé à la maîtresse. Après une longue explication, force a été de constater que j'étais toujours dans le brouillard jusqu'au moment où, de guerre lasse, la maîtresse m'a dit : "en fait, c'est un COD !".

J'ai l'impression que selon les générations, on change l'emballage (pas toujours en mieux d'ailleurs) sans s'attaquer au fond c'est-à-dire à la langue elle-même. Les Français ne finiraient-ils pas par être snobs à force d'aimer leur langue... mais je m'égare peut-être.

Bon week-end, Marie-Claude.  

Réponse de Cath le 16/01/2011 à 11h07
J'avais appris le Cid d'une autre manière. Ton article est vraiment très intéressant. J'ai un ami qui fait tout un "patacaisse" quand il entent une question du genre: "C'est quoi, ça?" Maintenant qu'il a Internet, je lui ai dit qu'il allait falloir qu'il s'habitue. Et aussi que si on s'arrête à ça, on n'écrit plus. Le meilleur moyen de ne pas faire de fautes c'est de ne pas écrire!!! Chariot aurait mérité deux "r" alors que charrette un seul, l'un pour l'allonger l'autre pour le raccourcir, (3 "c" à raccourcir, tu ne trouves pas que c'est un peu trop? Encore une question mal posée!) ça c'est mon français à moi! Et le verbe "appeler"...Combien de fois ai-je butté dessus?
Ton article est très bien écrit bravo Cath Yvette
Commentaire n°2 posté par Yvette le 14/01/2011 à 14h12

Je suis tout à fait d'accord avec toi, Yvette et je ne m'offusque jamais d'une erreur de français. Ceci étant, on voit parfois certains messages qui exigent la compétence d'un Champollion pour être déchiffrés... et je ne pourrais pas employer le verbe lire ! C'est regrettable. De nombreux forums ou sites demandent expressément de ne pas utiliser le langage SMS. Mais j'avoue que lorsque l'exigence sur la forme prime sur le fond et qu'un message est vilipendé sous prétexte qu'il contient de fautes d'orthographe, cela me gène aussi.

Bon week-end.

Cath

Réponse de Cath le 16/01/2011 à 11h12
Le pire c'est que le com que je viens de t'envoyer est encore avec des fautes, je suis incorrigible, je ne les vois qu'après. Je ne sais plus conjuguer le verbe entendre, faut croire !!!!
Commentaire n°3 posté par Yvette le 16/01/2011 à 12h12

Il y a faute et faute. Celle dont tu parles est en fait une faute de frappe. Que celui qui n'en a jamais fait te jette la première pierre... donc, cela ne peut pas être moi.

On a eu un petit - je dis bien petit - rayon de soleil cet après-midi mais il est déjà reparti... dommage.

Bonne fin de week-end Yvette.

Amicalement.

Réponse de Cath le 16/01/2011 à 16h23

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