Partager l'article ! La démonstration est comme la brebis : prégnante: Arrêtons-nous un instant sur l'adjectif prégnant. A l’origine il était synonyme de viole ...
Arrêtons-nous un instant sur l'adjectif prégnant. A l’origine il était synonyme de violent, pressant : Des douleurs prégnantes. Aujourd’hui il est défini comme qui s'impose à l'esprit, qui produit une forte impression, expressif, riche en sens.
Littré le fait entrer dans son Dictionnaire de la langue française (1863-77) dans le sens de gestante qu’il a conservé en anglais : j’ai six brebis, dont trois prégnantes.
En fait, il s’agit d’une curieuse convergence linguistique. Le mot dans le sens de gestante provient du latin praegnans (de (g)nascor " naître ") alors que dans son sens de pressant, il dérive du latin premere, " presser, comprimer ". Deux origines pour un seul mot.
Alors qu’il avait quasi complètement disparu de nos campagnes et des discussions du Café du Commerce, au point d’être classé Chef-d’œuvre en péril, il est réapparu subrepticement au détour du sentier.
Bénéficiant du halo de mystère qui entoure les vieux mots désuets, prégnant est devenu un des mots fétiches des psys de tout type et des intervenants du social. Auraient-ils à l’instar des médecins de Molière, besoin de magie et de mystère pour prospérer ?
Toujours est-il qu’il est devenu le joyau de leur jargon dans le sens " qui s’impose à la perception sans contrôle possible " : la configuration orthoscopique est prégnante.
Le succès de cet adjectif a été en quelque sorte validé par la formation, en 1945, du nom dérivé prégnance, au sens de " capacité plus ou moins grande qu’ont les formes à s’imposer dans la perception d’un système de stimulations "
reconnaître…, avant la subsomption du contenu sous la forme, la prégnance symbolique de la forme dans le contenu ; que signifient cette prégnance significative et cet apprentissage de l'articulation ?
Par pitié, ne me demandez pas de répondre à cette question !
Ceci étant, j’ai décidé de mener une croisade afin de redonner à prégnant son utilisation quotidienne, simple, bon enfant notamment auprès de notre jeune génération.
Et pour ce faire, dans ma grande mansuétude, j’ai l’intention d’autoriser jusqu'à la fin des vacances scolaires, l'emploi de super prégnant, hyper prégnant et grave prégnant et partant de nous libérer d’un carcan linguistique de plus en plus prégnant.
Autres articles :
La brune déguste une brune et fume une brune à la brune
Anacycles : l’art de retourner sa veste
Faut pas pousser le bouchon / mémé dans les orties (les hortensias) !